Following the early parliamentary elections in Germany on February 23, the conservative CDU party, led by Friedrich Merz, has taken power, marking a significant shift in the political landscape. Merz faces the challenge of forming a coalition amidst internal and geopolitical issues, as the SPD suffers its worst electoral result since World War II. The rise of the far-right AfD complicates matters, while Merz aims to strengthen Germany’s international position and address urgent economic concerns.
Les Élections Législatives en Allemagne : Un Changement de Cap
Les tremblements annoncés se sont effectivement produits : suite aux élections législatives anticipées du dimanche 23 février en Allemagne, le paysage politique a été bouleversé. Le parti conservateur CDU remporte l’élection, propulsant son candidat Friedrich Merz à la tête du pays, remplaçant le social-démocrate Olaf Scholz, qui subit un revers historique. Merz devra relever le défi de former une coalition alors que les enjeux, tant internes que géopolitiques, s’accumulent. L’AfD, le parti d’extrême droite, a réalisé une percée sans précédent lors des élections, un bouleversement que le nouveau leader devra affronter.
Avec 28,6 % des voix, l’alliance CDU/CSU ne réalise pas une performance éclatante, mais se classe tout de même en tête. Elle devra maintenant s’associer au SPD d’Olaf Scholz, qui n’a obtenu que 16,4 % des voix, son pire score depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. “C’est véritablement l’effondrement de la social-démocratie de l’autre côté du Rhin,” souligne Jacques-Pierre Gougeon, professeur d’université et directeur de recherche à Iris, auteur de “L’Allemagne, un défi pour l’Europe” (éditions Eyrolles).
Une Course Contre la Montre pour Former une Coalition
Le parti est perçu comme responsable des difficultés économiques actuelles, marquées par deux années de récession, et il subit également les conséquences de l’effondrement de sa coalition en novembre dernier, qui a déclenché ces élections anticipées. Les Verts, membres de l’alliance, ont également vu leur score diminuer, tout comme les libéraux du FDP, qui n’envoient cette fois aucun élu au Bundestag, le parlement allemand.
Face à la faiblesse du SPD, Friedrich Merz semble en position favorable pour les prochaines négociations de coalition. Cependant, pour convaincre les social-démocrates de rejoindre son gouvernement, il devra faire des concessions afin d’élaborer un programme commun, un passage nécessaire dans la démocratie allemande. “Avec deux partis à négocier au lieu de trois, cela devrait être plus simple, mais plusieurs points de friction apparaîtront,” anticipe Jacques-Pierre Gougeon, notamment sur des questions économiques, comme une allocation sociale chère au SPD que les conservateurs souhaitent abroger, ou sur l’immigration, sujet sur lequel la CDU a défendu une ligne dure durant la campagne.
Friedrich Merz se dit prêt à relever le défi : il s’est fixé un délai de deux mois pour constituer un “gouvernement efficace,” alors que la situation économique nécessite des réponses urgentes et que des bouleversements se produisent à l’étranger. “Le monde ne nous attend pas,” a-t-il insisté ce lundi.
En matière de politique internationale, Berlin se trouve face à la menace d’une guerre commerciale avec Washington, son ancien allié, qui a également attaqué directement son système politique ces dernières semaines, en apportant son soutien à l’AfD. Parallèlement, des signaux de rapprochement avec Moscou sont envoyés, au détriment de Kiev.
“Il y a une véritable urgence internationale qui dramatise le contexte et nous force à tenter de trouver rapidement une solution,” observe Hélène Miard-Delacroix, professeure d’histoire et de civilisation allemande à l’Université de la Sorbonne. “Les négociations devraient débuter dès le milieu de la semaine, et des discussions non officielles ont déjà commencé,” souligne-t-elle.
Une chose est sûre : avec Friedrich Merz se positionnant comme pro-européen, prêt à renforcer l’indépendance du continent vis-à-vis des États-Unis malgré ses liens atlantiques, la position allemande devrait évoluer sur la scène internationale. Même au sein du SPD, “nous commençons à ressentir le danger d’un désengagement américain,” note l’expert.
En outre, “il est certain que le couple franco-allemand en sortira renforcé, avec un nouveau chancelier beaucoup plus orienté vers la France,” ajoute-t-elle. Parmi les sujets sur lesquels Paris et Berlin pourraient se rapprocher, le soutien à l’Ukraine, que Emmanuel Macron a longtemps cherché à intensifier. Contrairement aux réticences d’Olaf Scholz sur ce sujet, Friedrich Merz s’est montré en faveur d’une aide accrue à Kiev, notamment par la livraison de missiles à longue portée. Reste à savoir quelle sera sa réelle marge de manœuvre à l’issue des négociations de coalition.
Enfin, le nouveau leader allemand devra également composer avec la nouvelle dynamique du Bundestag, où l’AfD, parti d’extrême droite anti-immigration, a remporté 20,8 % des voix, doublant son score par rapport aux élections de 2021. Au cours des débats, ses élus risquent de créer un véritable écho à Moscou. “C’est un parti extrêmement manipulé par la Russie, qui reçoit indirectement des fonds d’elle, et dont les électeurs admirent Vladimir Poutine, un autocrate masculiniste et identitaire qui cadre bien avec leur vision du monde,” note Hélène Miard-Delacroix.
Il est significatif que l’électorat de ce parti soit principalement concentré dans l’ancienne Allemagne de l’Est, marquant un différentiel frappant avec la partie occidentale du pays. “Dans la RDA, ils apprenaient le russe, il y avait des rencontres sportives et culturelles… Il reste probablement un substrat d’amitié germano-russe, des liens émotionnels transmis de génération en génération,” souligne la professeure.
Plus largement, le parti a réussi à convaincre une population déclassée dans cette zone Est, vivant très mal la dégradation de la situation économique et adhérant facilement à son discours, tenant l’accueil des immigrés pour responsable. “Mais il s’infiltre également dans des catégories sociales qui ne sont plus uniquement les perdants de la réunification : commerçants indépendants, artisans… Une partie de la classe moyenne, à laquelle il n’avait pas accès jusqu’à présent,” observe Jacques-Pierre Gougeon.
Bien que l’AfD ait fait une véritable percée, elle n’aura pas l’occasion de gouverner : Friedrich Merz a déjà écarté toute alliance avec elle. Toutefois, il est certain que le parti, dirigé par Alice Weidel, électrisera les débats et attaquera sans relâche sa future coalition. “Il s’abritera probablement dans une opposition très dure, s’attaquant avec virulence aux autres partis,” estime l’expert. “Dans un pays habitué au consensus politique, c’est un nouveau jeu.”