Hakan Samuelsson, ancien PDG de Volvo, reprend les rênes de l’entreprise à 74 ans, au moment où l’industrie automobile est confrontée à des défis majeurs, notamment des droits de douane élevés imposés par les États-Unis. Volvo ambitionne de devenir un fabricant de voitures électriques d’ici 2030, mais doit faire face à une forte dépendance vis-à-vis de la Chine et à des tensions géopolitiques croissantes. Samuelsson doit naviguer dans ce contexte complexe avant de pouvoir prendre sa retraite.
Le responsable de la renaissance de Volvo a 74 ans et est en fait déjà à la retraite. Hakan Samuelsson, ancien directeur général, est de retour à la tête du constructeur automobile suédois. Actuellement, ce poste de PDG est l’un des plus complexes de Suède. L’industrie automobile traverse une crise majeure à travers l’Europe, et pour aggraver les choses, cette semaine, des droits de douane de 25 % ont été imposés sur les véhicules par les États-Unis.
Il n’a fallu que trois ans pour que Samuelsson reprenne ses fonctions à la direction de Volvo. Pour Li Shufu, le principal actionnaire chinois, ce qui importe désormais n’est plus la puissance ou le design des voitures, mais une transformation radicale vers des véhicules intelligents. Son successeur, Jim Rowan, avait pour mission de transformer Volvo en un superordinateur sur quatre roues. Bien qu’il ait réussi, cela n’a pas suffi. Les raisons de son départ demeurent floues, mais il est évident que le conseil d’administration manquait de confiance en sa capacité à guider l’entreprise à travers les défis à venir.
Les défis de la guerre commerciale
La guerre commerciale initiée par Trump représente un véritable défi pour Volvo. Les États-Unis constituent le deuxième plus grand marché de l’entreprise, avec la majorité des modèles expédiés de Göteborg vers ce pays. À partir d’avril, les importations en provenance d’Europe seront soumises à un droit de douane de 25 %. La récente limousine électrique de luxe ES90, produite uniquement en Chine, sera également frappée par des droits de douane de 100 % aux États-Unis et de 30 % dans l’UE.
Bien que Volvo dispose d’une usine en Caroline du Sud, seule une petite quantité du grand SUV électrique EX90 y est produite. Selon le « Financial Times », il est prévu d’augmenter la capacité de production aux États-Unis, ce qui était l’un des objectifs de Trump avec sa guerre commerciale. Cependant, les coûts d’expansion des installations de production pourraient être prohibitifs pour Volvo. De plus, le quotidien suédois « Dagens Nyheter » souligne que les modèles les plus populaires, le XC60 et le XC90, seront bientôt retirés de la gamme, rendant la production locale moins attrayante. Même en produisant localement, l’entreprise ne serait pas entièrement à l’abri des droits de douane, car de nombreux composants proviennent de l’étranger.
Ambitions climatiques de Volvo
Volvo vise à devenir un fabricant exclusif de voitures électriques d’ici 2030, s’inscrivant ainsi dans les objectifs climatiques de l’UE. D’ici 2035, toutes les nouvelles voitures doivent être neutres en CO2, et des réductions d’émissions sont attendues avant cette date. Cependant, en mars, la Commission européenne a prolongé le délai accordé aux constructeurs pour respecter les objectifs intermédiaires, suscitant des demandes pour annuler l’interdiction des moteurs à combustion pour les nouveaux véhicules.
Des entreprises comme Volkswagen, en retard sur leurs engagements, ont salué ce report. En revanche, Volvo, ayant investi massivement dans l’électrification, considère ces nouvelles règles avec scepticisme. L’ancien PDG, Jim Rowan, a souligné que l’électrification est cruciale pour maintenir la compétitivité mondiale de l’Europe. Toutefois, dans de nombreux pays de l’UE, les voitures électriques demeurent un produit de niche. En Suède, leur part de marché était de 35 % l’année dernière, tandis que les ventes en Allemagne, le plus grand marché d’Europe, ont chuté de 27 % pendant la même période.
Contrairement aux véhicules à moteur à combustion, il manque des options abordables dans la gamme des voitures électriques. Pour répondre aux exigences de l’UE sans encourir de pénalités, de nombreux fabricants se voient obligés de réduire les prix, ce qui pose la question à Volvo : l’objectif de n’offrir que des voitures électriques est-il toujours compatible avec les exigences de rentabilité strictes ?
La dépendance envers la Chine
L’industrie automobile européenne est fortement tributaire de la Chine, qui contrôle une grande partie de la production mondiale de cellules de batteries. Chez Volvo, cette dépendance est compliquée par des relations de propriété qui créent une situation délicate. La proximité de la Chine avec la Russie soulève des préoccupations, et selon le « Dagens Nyheter », cela pourrait expliquer la chute de plus de 70 % du cours de l’action de Volvo depuis son introduction en bourse à l’automne 2021.
Avec l’intensification des tensions géopolitiques dues à la guerre commerciale, Volvo se retrouve déjà affecté par une interdiction d’État sur les logiciels chinois dans les véhicules électriques aux États-Unis. Le conseil d’administration place de grands espoirs en Hakan Samuelsson, qui doit transformer cette dépendance en un avantage stratégique tout en trouvant des fournisseurs à bas prix. Il lui reste deux ans pour naviguer à travers ces défis. Si Volvo parvient à surmonter ces épreuves, un nouveau leader prendra alors les rênes, permettant à Samuelsson de jouir enfin d’une retraite bien méritée.