Les droits de douane imposés par Donald Trump suscitent des réactions au sein de l’UE, qui envisage des contre-mesures pouvant atteindre 81 milliards d’euros. Les options incluent des contre-droits de douane sur divers produits américains, une taxe numérique sur les géants du secteur, et des sanctions contre des pays tiers. Malgré des négociations en cours, les discussions avec les États-Unis n’ont pas encore abouti, ce qui pousse l’UE à renforcer ses partenariats commerciaux avec d’autres régions.
Réponses de l’Europe aux droits de douane de Trump
Le vaste ensemble de droits de douane instauré par Donald Trump ne restera probablement pas sans réaction. Toutefois, les modalités exactes des réponses que le président américain peut attendre de l’Europe demeurent floues. Une première analyse de l’UE indique que des droits de douane pouvant dépasser 81 milliards d’euros pourraient être imposés sur les produits européens à l’avenir, un chiffre qui contraste fortement avec les sept milliards actuels.
Les stratégies d’action de l’UE
Les responsables européens réitèrent depuis longtemps leur intention de répondre de manière ferme et appropriée. Ainsi, les mesures de Trump sont actuellement examinées au sein de l’Union européenne, et les options de réponse sont soigneusement évaluées. En effet, des contre-mesures pourraient également nuire aux entreprises européennes. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, prévoit de s’entretenir avec les secteurs de l’acier et de l’automobile, ainsi qu’avec l’industrie pharmaceutique dans les prochains jours. L’UE dispose de plusieurs options :
Contre-droits de douane :
Des contre-droits de douane devraient être introduits d’ici la mi-avril, visant des produits américains comme les jeans, le bourbon, les motos Harley-Davidson et le beurre de cacahuète, mais ces prélèvements ne répondent pas directement aux nouvelles annonces de Trump. Ils sont en réalité une réponse aux droits de douane déjà en place sur les importations d’acier et d’aluminium. Un responsable de l’UE a souligné qu’il est crucial de ne pas se nuire soi-même. Par exemple, l’UE peut également se tourner vers des importations de fèves de soja en provenance du Brésil. Si aucune alternative n’existe pour certains produits américains, l’imposition de contre-droits de douane pourrait être évitée. La Commission a récemment publié une liste de près de 100 pages de produits potentiellement impactés, englobant des aliments, des produits de savon, des tapis et des vêtements.
La ‘Bazooka’ des contre-mesures :
Face à une possible réélection de Trump, l’UE a convenu en 2023 d’un instrument de sanctions élargi, décrit par Bernd Lange, président de la commission du commerce du Parlement européen, comme la ‘Bazooka’ des contre-mesures. Bien que cette option soit sur la table, Lange a précisé qu’il ne s’agit pas du choix privilégié, et que des mesures plus traditionnelles devraient être envisagées au préalable.
Ce mécanisme vise à imposer des droits de douane punitifs contre des pays tiers qui tentent d’interférer de manière inacceptable dans les décisions politiques de l’UE. Parmi les sanctions envisagées, l’accès aux marchés publics de l’UE ou l’accès général au marché pourraient être restreints. Anna Cavazzini, présidente de la commission du marché intérieur, a évoqué la possibilité de limiter l’accès des entreprises américaines aux marchés bancaires, d’assurance et de capitaux de l’UE.
Taxe numérique :
La taxation des services numériques des entreprises américaines dans l’UE pourrait concerner des plateformes comme celle soutenue par Trump, Elon Musk, ainsi que des géants tels que Google, Amazon et Netflix. Pour ces entreprises, l’UE représente un marché extrêmement lucratif, avec environ 450 millions de consommateurs. La Commission européenne a également souligné que les États-Unis exportent bien plus de services vers l’UE qu’ils n’en importent, avec 396,4 milliards d’euros d’exportations contre 292,4 milliards d’euros d’importations.
Négociations en cours :
Bruxelles reste ouverte à la négociation. Un responsable de l’UE a affirmé : ‘L’Union européenne ne souhaite pas l’escalade, mais veut dialoguer à partir d’une position équitable et de force.’ Le commissaire européen au commerce, Maros Sefcovic, a annoncé qu’il souhaitait engager le dialogue avec la partie américaine. ‘Nous agirons de manière calme, réfléchie et cohérente’, a-t-il écrit. Cependant, les discussions entre l’UE et les représentants américains n’ont pas encore abouti à des résultats concrets. Sefcovic a récemment été à Washington pour des discussions, mais des offres de compromis ont été refusées, et la volonté de négocier du côté américain demeure incertaine.
Renforcement des partenariats commerciaux :
Alors que les pourparlers avec les États-Unis avancent lentement, la politique agressive du président américain pourrait revitaliser d’autres projets longtemps en attente. La Commission européenne a récemment finalisé des négociations pour une vaste zone de libre-échange avec le bloc sud-américain Mercosur. Cependant, cet accord nécessite encore l’approbation du Parlement européen. António Costa, président du Conseil de l’UE, a appelé à la ratification de cet accord après les annonces de Trump. De plus, des discussions sont en cours pour intensifier d’autres partenariats, notamment avec le Mexique et les pays touchés par les droits de douane américains.
La ministre allemande des Affaires étrangères par intérim, Annalena Baerbock, a souligné l’importance d’élargir les relations de libre-échange à l’échelle mondiale, citant des régions comme l’Indo-Pacifique, la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Daniel Caspary, député européen de la CDU, insiste également sur l’urgence d’ouvrir de nouveaux marchés et de créer de nouveaux accords commerciaux.