Poème de la semaine : Ne pleurez plus, fontaines tristes de John Dowland | Poésie

Ne pleurez plus, tristes fontaines

Ne pleurez plus, tristes fontaines ;
Pourquoi avez-vous besoin de couler si vite?
Regarde comment les montagnes enneigées
Le soleil du ciel se perd doucement.
Mais les yeux célestes de mon soleil
Ne regarde pas tes pleurs,
Qui dort maintenant
Doucement, maintenant doucement se trouve
Dormant.

Le sommeil est une réconciliation,
Un repos que la paix engendre.
Le soleil ne se lève-t-il pas en souriant
Quand est-il juste à même qu’il se fixe ?
Reposez-vous donc, reposez-vous, yeux tristes,
Ne fond pas en pleurant
Pendant qu’elle dort
Doucement, maintenant doucement se trouve
Dormant.

Le poème de cette semaine vient de Le Troisième et Dernier Livre de Cantiques ou Aires par Jean Dowland (1563-1626), musicien de la cour d’Elizabeth I. Il a été suggéré que la chanson fait allusion à la reine, qui, après une santé de plus en plus mauvaise, mourut en 1603, l’année de la publication du livre. Les nécrologies sont écrites à l’avance, alors pourquoi pas une élégie ? Et peut-être que certains diront que ce n’est pas du tout une élégie, mais une berceuse à la louange du sommeil. Quelles que soient ses origines, la chanson de Dowland semble chargée d’émotion personnelle.

Trois défis sont adressés aux « fontaines tristes » au début du premier couplet : on dit aux fontaines de « ne plus pleurer », on leur demande pourquoi elles doivent « couler si vite » et, par conséquent, on leur demande de tourner leur attention à la fonte des neiges sur les montagnes. Les fontaines ne sont pas, je pense, à prendre au pied de la lettre. Le chanteur-amant aborde son propre chagrin sous la forme de ses propres yeux en larmes. Les questionnements autour de cette « suffisance » participent à la construction de son art.

Manuscrit du début du XVIIe siècle de musique pour luth par des compositeurs dont John Dowland.
Manuscrit du début du XVIIe siècle de musique pour luth par des compositeurs dont John Dowland. Photographie : DCMS/PA

L’imagerie du soleil « [that] gaspille doucement » les montagnes enneigées, et les courants rapides de fonte des neiges détournent l’orateur de l’auto-absorption. Le « soleil du ciel » est destructeur mais « doux » et nécessaire : le tableau présenté est, après tout, celui du dégel printanier. Le dispositif rhétorique vise à remettre en question la nécessité de toute compétition avec les larmes humaines, mais ces lignes présentent les montagnes, le soleil et les torrents, comme si l’écrivain pouvait les voir. Les vanités servent le poème en augmentant les possibilités métaphoriques et les connexions émotionnelles.

Astucieusement, après le naturalisme des vers trois et quatre, le soleil renaît à l’identité humaine et à l’intimité avec l’orateur : « les yeux célestes de mon soleil ». Le jeu de mots («Heaven’s sun», «my sun’s Heavenly eyes») exécute une belle figure, qui peut également faire partie d’une révision plus large d’une convention fatiguée. Les yeux de la maîtresse ont souvent le pouvoir de détruire les prétendants poétiques. Ici, le pathos s’intensifie car les yeux de la femme sont fermés dans le sommeil, inconscients des yeux débordants de son amant. Aucune cruauté de sa part, aucune demande de pitié de sa part : elle reste endormie, si « doucement » peut-être, qu’elle ne bouge plus du tout.

Le deuxième couplet continue l’argument de l’amant avec lui-même, mais dans une tonalité différente. La diction au début est quelque peu abstraite, merveilleusement nuancée mais peut-être plus une question de sagesse reçue qu’elle ne l’était auparavant : « Le sommeil est une réconciliation, / Un repos que la paix engendre. » Il ne fait guère de doute que le poète, comme auparavant, parle de la mort, pas du sommeil. Une analogie chrétienne sourde avec la résurrection sous-tend l’épanouissement rhétorique : « Le soleil ne se lève-t-il pas en souriant / Quand il se couche juste ? Le deuil, semble-t-il, n’est pas chrétien. Les morts repentants sont en paix dans un endroit plus céleste et plus solaire. Les larmes de la personne en deuil sont gaspillées par la fonte des neiges et, implicitement, égoïstes.

Dans chaque couplet, les deux dernières lignes du refrain provoquent un changement de rythme, une pulsation passant de quatre temps à un. Ce rythme, sur la page, est plus intéressant que la langue elle-même : « doucement, maintenant doucement s’allonge / dort »). Cela suggère que le compositeur ou le chanteur se voit offrir une opportunité d’embellissement personnel.

Sinon, de l’ingéniosité métaphorique du premier couplet à la reprise subtile, dans le dernier, des thèmes et des images d’ouverture, cette chanson a sûrement le pouvoir de se tenir seule en tant que poème. Il a une vie complexe sur la page et, par les seuls mots, crée cette « voix » indispensable qui n’est entendue que dans la tête du lecteur.

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